Ovide – Thésée

 

 

Ovide est un avocat réputé et surtout un poète futile apprécié par la haute société de son époque.

Il finit sa vie de façon triste au bord de la Mer Noire où il fut exilé par l'empereur Auguste pour des

raisons mal connues. Issu d'une famille équestre, il se voue rapidement à la poésie et complète sa

formation par un voyage en Grèce. Revenu à Rome, il s'adonne - pour son père - à des fonctions

administratives et judiciaires. Ovide retourne cependant à la poésie, et, c'est avide d'une vie mondaine

qu'il compose des oeuvres élégantes et compliquées axées sur une subtile psychologie.



Thésée, vainqueur du taureau de Marathon (vers 1732-1734) - Détail.

 

 

Ovide - Les Métamorphoses

 

 

 

Le sanglier de Calydon (VIII, 260-297)

[8,260] Iamque fatigatum tellus Aetnaea tenebat

Daedalon, et sumptis pro supplice Cocalus armis

mitis habebatur; iam lamentabile Athenae

pendere desierant Thesea laude tributum:

templa coronantur, bellatricemque Mineruam

cum Ioue disque uocant aliis, quos sanguine uoto

muneribusque datis et acerris turis honorant;

sparserat Argolicas nomen uaga fama per urbes

Theseos, et populi, quos diues Achaia cepit,

huius opem magnis inplorauere periclis,

 

[8,270] huius opem Calydon, quamuis Meleagron haberet,

sollicita supplex petiit prece: causa petendi

sus erat, infestae famulus uindexque Dianae.

Oenea namque ferunt pleni successibus anni

primitias frugum Cereri, sua uina Lyaeo,

Palladios flauae latices libasse Mineruae;

coeptus ab agricolis superos peruenit ad omnes

ambitiosus honor: solas sine ture relictas

praeteritae cessasse ferunt Latoidos aras.

tangit et ira deos. "at non inpune feremus,

 

[8,280] quaeque inhonoratae, non et dicemur inultae"

inquit, et Olenios ultorem spreta per agros

misit aprum, quanto maiores herbida tauros

non habet Epiros, sed habent Sicula arua minores:

sanguine et igne micant oculi, riget horrida ceruix,

et setae similes rigidis hastilibus horrent:

feruida cum rauco latos stridore per armos

spuma fluit, dentes aequantur dentibus Indis,

fulmen ab ore uenit, frondes afflatibus ardent.

 

[8,290] is modo crescentes segetes proculcat in herba,

nunc matura metit fleturi uota coloni

et Cererem in spicis intercipit: area frustra

et frustra exspectant promissas horrea messes.

sternuntur grauidi longo cum palmite fetus

bacaque cum ramis semper frondentis oliuae.

saeuit et in pecudes: non has pastorue canisue,

non armenta truces possunt defendere tauri.

 

Fatigué d'un long vol, Dédale était enfin arrivé dans la Sicile;

Cocale y régnait : il prit les armes pour défendre Dédale,

et mérita le nom de prince bienfaisant. Délivrée d'un horrible tribut,

Athènes célèbre la valeur de Thésée. Les portes des temples sont

ornées de festons et de fleurs; le peuple invoque la guerrière Pallas,

le grand Jupiter, et les dieux protecteurs. Les autels sont chargés

d'offrandes; le sang des victimes coule, et l'encens fume et s'élève

vers les cieux. La Renommée avait porté le nom de Thésée dans

toutes les villes de la Grèce, et les peuples de la riche Achaïe

imploraient le bras du héros dans leurs pressants dangers.

 

Calydon,par de vives prières, invoqua son secours, quoiqu'elle eût un héros dans Méléagre, lorsque ses campagnes étaient désolées par un

sanglier terrible, ministre des vengeances de Diane, et vengeur

de son culte oublié. On raconte que, comblé des faveurs de l'année,

Oenée offrit à Cérès les prémices des fruits; à Bacchus, les raisins;

à Minerve, l'olive. Après les dieux des champs, tous les autres dieux

obtinrent aussi des sacrifices. Diane seule fut négligée; aucun encens

ne fuma sur ses autels abandonnés.

 

[279] La colère agite donc aussi le cœur des immortels ! "Je ne souffrirai

point impunément cet outrage, s'écria la déesse, et l'on ne pourra dire :

On vit l'insulte, on n'en connaît pas le châtiment". Soudain, dans les

champs de Calydon, elle envoie un sanglier furieux. L'Épire, dans ses

gras pâturages, n'a point de taureaux qui le surpassent en grandeur,

et la Sicile n'en nourrit aucun qui l'égale. Ses yeux étincellent d'un feu

rouge et sanglant. Sa tête est horrible et menaçante. Son dos couvert

de soies longues et épaisses, semble se hérisser de dards. De ses larges

flancs découle une sueur brûlante. Les dents de l'éléphant indien sont

moins terribles que ses dents. La foudre part de sa hure écumante.

Son haleine brûle les feuilles, dessèche le gazon. Tantôt il foule les

moissons qui sont encore une herbe naissante, espoir trompé du laboureur;

tantôt il détruit les épis prêts à tomber sous la faucille; et l'aire et les

greniers attendent en vain les dons de Cérès. Il brise et renverse les longs

ceps et les grappes pendantes, et l'olive sacrée, et l'arbre qui la produit.

Il étend sa fureur sur les troupeaux. Ni les bergers, ni les chiens, ne

peuvent les défendre. Les taureaux les plus fiers n'osent affronter sa rage.