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Conférence
sur Lysias, Contre Eratosthène par
Marie-Anne Sabiani,
maître de conférences à
l'université de Paris-IV Sorbonne Conférences
de Lettres classiques (Henri-IV, 14 décembre 2002) 

| Lysias
 | "Après
le retour des exilés (...) Thrasybule proposa que, pour reconnaître
ses services, on lui accordât le dorit de cité et peuple ratifia
cet octroi. Mais Archinos intenta une action en illégalité parce
que la motion avait été proposée au peuple sans vote préalable
du Conseil et le décret fut cassé. Ainsi évincé du
droit de cité, Lysias passa le reste de sa vie avec sa qualité d'isotèle"
(Pseudo-Plutarque, Vie des dix orateurs, 835e-836a, trad. M. Cuvigny,
CUF, 1981)
|  | Le
style de Lysias  |
"La pureté du voculaire, la précision du langage, l'usage
d'un style direct, non figuré, dans l'énoncé des idées,
la clarté, la concision, l'habitude de ramasser et de concentrer les idées,
la faculté de mettre sous les yeux ce qu'il décrit, de ne jamais
présenter un personnage privé de vie ou dont le caractère
soit mal dépeint, l'agrément dans l'agencement des mots par l'imitaton
du parler populaire, le choix du langage qui convient exactement aux personnages
ou aux sujets proposés, le don de vraisemblance, la force persuasive, la
grâce, et enfin l'à-propos qui est la mesure de tout.(...) Sublime
ou magnifique, le style de Lysias ne l'est pas, ni non plus saisissant ou merveilleux
;il ne montre ni mordant ni véhémence, n'a rien de terrible ; il
ne saisit pas à la gorge, ne frappe pas de grands coups ; il n'est pas
débordant de passion ni de souffle ; au don de vraisemblance dans la peinture
des moeurs,il ne joint pas une égale force émotive ; s'il a de l'agrément,
de la persuasion, du charme, il ne sait pas autant contraindre, ni emporter de
force l'adhésion. C'est un style plus sûr qu'aventureux, moins susceptible
de déployer toutes les possibilités du métier que de reproduire
la nature avec sincérité." (Denys d'Halicarnasse, Les
orateurs attiques, Lysias, § 13, trad. G. Aujac, CUF, 1978)
|  | "Avec
les apparences de la facilité, son style est difficile à imiter"
(Pseudo-Plutarque, Vie des dix orateurs, 836b,
trad. M. Cuvigny, CUF, 1981)
| |  | Circonstances
du plaidoyer
lors de la reddition de comptes à laquelle s'est soumis Eratosthène
pour rester à Athènes sans être poursuivi
ou plutôt lors d'un procès que Lysias aurait intenté à Eratosthène pour
le meurtre de Polémarque, frère de Lysias. Nature de la parole de Lysias
propos haineux qui va à l'encontre de la résolution d'amnistie de
403
ou bien
reste dans le cadre des résolutions d'amnistie
Pb : Comment Lysias
s'efforce-t-il d'obtenir la condamnation d' Erastosthène ?
son plaidoyer ressortit à l'éloquence
mais aussi à la politique
Rhétorique judiciaire : pas de
délibération ; vote immédiat. Il fallait donc produire
la plus forte impression possible, ce qui explique le manque de nuances
|  | Plan
du plaidoyer : Le discours se décompose (cf Hatier-Belles
Lettres) en :
exorde
narration
longue
réfutation en deux parties : passé et présent
péroraison |
|  | I.
L'histoire immédiate et ses protagonistes. Le contexte (Xénophon,
Aristote)  |
1) L'installation
des Trente après Aigos-Potamos Flotte athénienne
écrasée par les Spartiates dirigés par Lysandre : en 403,
reddition à la suite de la bataille d'Aigos Potamos qui signe la fin de
la puissance athénienne Panique de la cité vaincue. L'ecclésia,
sous la pression du parti oligarchique, désigne trente personnes ( §
75-76) parmi les partisans de Théramène et Critias, opposants de
longue date à la démocratie. Une garnison spartiate est établie
sur l'Acropole et fait régner la terreur Désignation de trois
mille citoyens de plein droit et autorisés à porter les armes Ce
scénario de l'oligarchie après une défaite s'etait déja
joué en 411 (après la défaite de Sicile). Les adversaires
de la démocratie avaient déjà imposé la Boulê
des Quatre Cents, qui remplaçait la Boulê démocratique de
cinq cents membres "Les Trente avaient été
désignés dès qu'on eut détruit les Longs Murs et les
murailles du Pirée : mais, nommés avec mission de rédiger
la constitution d'après laquelle ils allaient gouverner, ils retardaient
de jour en jour le moment de la rédiger et de la publier ; en attendant,
pour le Consiel et les autres magistratures, ils les recrutèrent selon
leur bon plaisir." (Xénophon Helléniques, II,
3, 11, trad. J. Hatzfeld) stratèges défenseurs
de la démocratie en 411 : Thrasybule Cette oligarchie n'a pas duré
longtemps. Théramène se retourne contre ses amis oligarques et contribue
à leur élimination. Mais Critias et Théramène n'ont pas renoncé
à l'oligarchie. Il y a continuité entre les deux révolutions.
|  |
2) Les dissensions
entre radicaux et modérés (Critias, Théramène)
Les dissensions entre les oligarques réapparaissent entre
Théramène (modéré, s'appuyant sur les riches propriétaires
fonciers) et Critias (tendance dure). "Dans
les premiers temps Critias partageait les idées de Théramène
et était son ami. Mais bientôt il se laissa aller à exécuter
beaucoup de gens - il n'oubliait pas qu'il avait été exilé
par le régime démocratique - ; Théramène de son côté,
s'y opposait, en disant qu'il n'était pas admissible de faire exécuter
un homme pour avoir été honoré par la démocratie,
sans d'ailleurs avoir fait le moindre tort aux gens de bien : car enfin, disait-il,
toi, et moi aussi, pour nous concilier la faveur de la cité, nous avons
fait et dit bien des choses." (ibid. II,3,). "...ils
(les Trente) désarmèrent tout le monde sauf les Trois Mille, firent
porter ces armes à l'Acropole et les rassemblèrent dans le temple.
Cela fait, comme ils étaient désormais en mesure d'agir à
leur guise, ils se mirent à exécuter beaucoup de gens, les uns par
inimité, les autres pour avoir leurs biens. ILs décidèrent
que chacun d'eux aurait le droit de faire arrêter un métèque,
qu'il serait exécuté, ses biens confisqués ; et ils dirent
à Théramène de faire arrêter, lui aussi, celui qu'il
voudrait. Il répondit : "Eh bien ! je ne trouve pas beau que des gens
qui se disent les meilleurs se conduisent avec plus d'iniquité que les
sycophantes : car eux, au moins, laissaient vivre ceux qu'ils dépouillaient,
et nous, nous irons tuer des gens qui ne nous ont pas fait de mal, pour les dépouiller
? (ibid. II,3,20-22) Critias accuse
Théramène de trahison, le fait effacer de la liste des 3000 et le
contraint à boire la ciguë. Xénophon décrit la
mort de Théramène comme celle d'un héros¨épique
et noble.Théramène boit la ciguë "à la santé
du beau Critias" : "Je n'ignore pas
que ce ne sont là que des bons mots qui ne méritent guère
de mention : mais il faut quand même, je crois, admirer que chez cet homme,
malgré l'imminence de la mort, ni le bon sens ni l'esprit n'abandonnèrent
son âme." (ibid. II, 3,56).
Lysias la présente de manière tout à fait différente.
Xénophon est bien connu pour ses sympathies envers les oligarques.
Donc, elle n'est pas à prendre au pied de la lettre
Les partisans
de la démocratie sont retirés au Pirée (ceux du Pirée
vs ceux de la ville) |  |
3) Les démocrates
sous la conduite de Thrasybule La reconquête (bataille
de Munichie, mort de Critias) "Le lendemain,
les Trente qui naturellement se faisaient tout petits et se trouvaient isolés,
siégeaient dans leur Conseil : les Trois Mille, dans les divers postes
où on les avaient placés, étaient partout divisés
dans leurs avis : ceux qui s'étaient rendus coupables de quelque excès
de violence et qui étaient inquiets, disaient bien fort : "il ne faut
pas s'abaisser à céder à ceux du Pirée" ; mais
ceux qui étaient convaincus de n'avoir commis aucune injustice, se persuadaient
et montraient aux autres que tous ces maux étaient inutiles, et déclarèrent
qu'il ne fallait pas obéir aux Trente ni leur laisser ruiner la cité.
On finit par voter que les Trente seraient révoqués et qu'on élirait
d'autres magistrats : on en élut dix, un par tribu." (ibid;
II, 4, 23). Les Trente sont déposés
et 10 magistrats sont élus pour rétablir la démocratie mais
Aristote montre qu'ils n'ont pas rempli leur fonction. Ils ont continué
à avoir des relations avec Sparte :
"Puis
quand les gens de Phylé eurent occupé Munichie et eurent vaincu
en bataille rangée ceux qui s'étaient portés contre les Trente,
les gens de la ville, de retour après l'engagement, se réunirent
le lendemain sur l'Agora et renversèrent les Trente ;ils élurent
alors dix citoyens avec pleins pouvoirs pour mettre fin à la guerre. Mais
ceux-ci, après leur entrée en fonction, ne firent rien de ce pour
quoi ils avaient été élus, et ils envoyèrent une ambassade
à Lacédémone pour solliciter du secours et un emprunt."
Aristote Constitution d'Athènes, 38, trad. G. Mathieu).
|  |
4) L'amnistie.
Restauration de la démocratie / les oligarques réfugiés à
Eleusis Le roi Pausanias, modéré, impose la restauration
démocratique à Athènes et le maintien d'une amnistie inconditionnelle
pour les 3000, mais exclusion des 30, des 10 et des 11, mais ces exclus de l'amnistie
sont rattrapables à condition de rendre des comptes.
"Un habitant d'Eleusis ne pourra remplir aucune fonction à Athènes
avant d'avoir été réinscrit comme habitant de la ville. Les
procès de meurtre auront lieu suivant les lois des ancêtres en cas
d'assassinat ou de coups et blessures volontaires.Nul n'aura le droit de reprocher
le passé à personne, sauf aux Trente,aux Dix, aux Onze et aux anciens
gouverneurs du Pirée, ni même à ceux-ci après leur
reddition de comptes." (ibid. 39) "Cette réconciliation
fut faite aux conditions suivantes : les deux partis devaient observer la paix
l'un envers l'autre, chacun devait rentrer dans ses foyers sauf les Trente, les
Onze et les Dix magistrats du Pirée ; si quelques gens de la ville ne se
sentaient pas en sûreté, on décida qu'ils s'établiraient
à Eleusis." (Xénophon, ibid, II, 4, 38). Ils
ont tous rallié Eleusis, sauf Eratosthène qui demande la reddition
de comptes. Il paraissait sûr de son fait. La restauration démocratique
se fait sous le signe de l'apaisement (Archinos, partisan de Théramène)
Ce qui explique la prise de parole de Lysias, partisan d'une démocratie
plus radicale, moins oecuménique.
| |  | II.
La situation de Lysias : victime et accusateur
 | 1)
Les métèques et les persécutions Lysias
était un métèque. A Athènes, les métèques
jouissaient de droits civiques, non politiques. Astreints à l'armée
et aux liturgies, ils acquittent le métoikion . On compte 10000 métèques. Céphalos,
père de Lysias, est venu de Syracuse à Athènes sur la demande
de Périclès : il est l'invité de la démocratie >
Lysias se présente comme un défenseur de la démocratie. Lysias
est isotelès, comme père Céphalos : il a privilège
d'être dispensé du métoikion. Les métèques
sont dans la ligne de mire des Trente . Théognis et Pison les ont attaqués
pour enrichissement.( § 6) Lysias dit (§4) que les métèques
ne sont coupables de rien, mais qu'au contraire ils ont rempli leur devoir parfois
mieux que les citoyens ( § 20) Lysias ne rappelle surtout pas la richesse
de son père. ( § 6-7) : la mesure apparaît comme complètement
subite et arbitraire. Lysias est donc victime comme riche métèque
et comme partisan de la démocratie. Le statut de métèque
de Lysias n'a pas dans le discours une importance capitale : "nous"
= lui et son frère Polémarque, lui et les métèques,
mais aussi lui et les gens du Pirée.Victime personnelle des Trente certes,
mais il montre au § 2 que tous les citoyens athéniens ont été
victimes des Trente |  | 2)
Les raisons pour lesquelles il prononce ce discours Discours
cependant prononcé à cause de la mort de son frère : il y
a donc été forcé. ( § 3) Il se concilie le jury en évitant
d'être accusé d'être un sycophante. Lysias dispose la
réalité dans le cadre de la rhétorique : son inexpérience,
présentée comme faiblesse, est un gage de sincérité §
14 : en prison, conduit chez Damnippe. qualités de Lysias -
il sait qu'il meurt à cause de ses richesses ( § 14) - il met
en valeur ses qualités d'homme d'action (prend les décisions au
bon moment) - il doit sa survie à une connaissance des Trente et de
leur pratiques - sa fuite est un gage pour mettre ses concitoyens en garde
contre les Trente - il ne quitte Athènes qu'après avoir appris
l'arrestation et la mort de Polémarque, signe de la terreur qui s'installe. Il
montre qu'il est resté à Athènes juqu'au dernier moment.
Il montre l'attachement à son frère et justifie l'attaque contre
le meurtrier de son frère. > différence de ton avec Xénophon
et Aristote - § 20 : les Trente n'ont aucune pitié (spoliation
totale) ; donc il demande une sévérité équivalente
: ni pardon ni pitié pour de tels individus (cf. § 79) Discours
haineux certes, mais réparation d'une autre haine. Il veut se venger, mais
présente sa demande comme la punition légitime d'un criminel avéré.
|  |
3) Une seule cause
: celle de Lysias et des citoyens athéniens La plaidoyer
a une dimension politique Lysias défend don frère, mais "emoi
kai toutoisi" : Lysias lie sa cause à celle de la cité d'Athènes.Cf.
§ 5, 23 et 26 Ces élargissements de perspective apparaissent
à des points charnières : exorde, centre (contre Théramène)
et fin ( § 100) Il tisse une solidarité entre lui-même
et ses juges.(Cf. § 62) Lysais est victime des Trente, mais ses griefs
personnels passent au second plan devant les griefs que la cité peut revendiquer(.Cf.
§ 99) Il se fait le champion de la démocratie. les liens
de Lysias avec la citoyenneté ne sont pourtant pas très clairs.
Est-il sur le point de l'acquérir, la lui a- t-on enlevée ?
Métèque ou citoyen, il a une conception élevée de
sa participation à la cité. |  | 4)
Lysias et son auditoire Une des difficultés de ce discours
de Lysias, c'est l'auditoire : s'il s'agit d'une reddition de comptes, auditoire
mélé de gens du Pirée et de gens de la ville plus ou moins
collaborateurs des oligarques. § 94 : prend soin de distinguer les
Trente des 3000, mais souligne la communauté d'intérêt entre
les gens du Pirée et ceux de la ville. Pas de problème pour
soulever la haine des gens du Pirée. Il faut plus de tact avec ceux de
la cité : ils les convainc que les oligarques, sous la forme des 400 ou
les 30, ont fait leur malheur après deux défaites militaires : ils
ont profité de la désorientation de la démocratie athénienne.. Hommage
détourné aux 3000, qui en d'autres circonstances auraient pu défendre
la démocratie. Il noircit surtout Théramène (cf.§ 70)
qui augmente le désarroi et la panique des Athéniens (hommage rendu
aux § 73-74-75) : il montre que c'est une minorité de lâches
qui a accepté le diktat des oligarques et des tyrans. Même
chose pour les 10 ( § 54). Les citoyens qui ont confié le pouvoir
aux 10 ont mal placé leur confiance. Pas de hargne mais au contraire beaucoup
d'habileté envers les gens de la vile. Il épargne au moins une partie
de son auditoire.
| |  | III.
Le cas d'Eratosthène. Un procès politique derrière un procès
pour meurtre  | 1)
Erastosthène dans le discours C'est Erastothène
qui est la cible du discours. Le titre mentionnant l'appartenance aux Trente,
montre la dimension politique du procès. Lysias ne consacre pas le
début de son discours directement à Eratosthène, mais d'abord
à Pison, Théognis et Damnippe. - Eratosthène est-il
un ressort de cette machine qui le dépasse ? En tout cas, il n'apparaît
pas aux les funérailles de Polémarque. Il n'occupe le devant
de la scène qu'au § 23 : A partir de la réfutation, Eratosthène
est associé à ses collègues ( § 79,§ 81, §
82 "E kai tôn sunarkhontôn") On n'a pas beaucoup
d'informations sur le personnage : Eratosthène se présente comme
un modéré, partisan de Théramène. Il n'a pas rejoint
Eleusis. Pensait-il obtenir un verdict d'indulgence ? Au § 89, Lysias
montre qu'Eratosthène est peut-être le moins criminel des Trente,
mais qu'il appartenait aux Tyrans Qu'est-ce que Lysias reproche à
Eratosthène ? La mort de Polémarque, et il l'entoure de toutes les
circonstances aggravantes (§ 16 : dans la rue § 26 ; Eratosthène
maître de la vie de Polémarque : il aurait pu l'épargner)
Lysias reprend à l'envi cet argument d'Eratosthène arrêtant
Polémarque dans la rue et non chez lui. Style simple de Lysias. Il
ne cherche pas à produire d'effet, il se repète avec des termes
clairs. § 25-34 : les faits sont établis mais Lysias se
cantonne à des généralités (Eratosthène a fait
beaucoup de mal) On peut supposer que s'il avait eu connaissance de faits précis,
il les aurait présentés. Habile pour tirer argument du secret
dans lequel les Trente fonctionnaient ( § 33). Il laisse entendre que c'est
l'opacité dans lequel les Trente fonctionnaient qui explique l'absence
de griefs concrets.
|  | 2)
Les crimes d'Eratosthène présentés par Lysias
Double accusation : Eratosthène peut fort bien avoir pris la parole
contre la cité, et on ne peut pas être sûr qu'il ait parlé
pour défendre les métèques. Lysias souligne qu'on n'a
que la parole d'Eratosthène ( § 27 et 33).. Il est possible
qu'Eratosthène ait été une figure peu influente parmi les
Trente. Le courage politique semble ne pas avoir été sa vertu
dominante. Il est au moins coupable de lâcheté, souligne les
contradictions d'Eratosthène (rencontre dans la rue : il aurait pu ne pas
arrêter Polémarque, cf.§ 26-27, 30-31,34). A fait beaucoup
de mal ( § 48) |  |
3) Eratosthène,
un des Trente. Tous des criminels Mais Lysias n'a pas fait mention
de Théramène. Il se garde bien d'en faire un contre-exemple. Il
n'oppose pas le courage de Théramène à la lâcheté
d'Eratosthène. Il prend les Trente d'un bloc. "Tous les Trente sont
des criminels"(cf. § 5). Cela suffit à disqualifier sa défense.
Il mérite donc la mort (§ 32, 33, 37) Lysias reproche les
mê mes vilénies à Eratosthène et aux Trente. (cf. §
28-29) La mesure de condamnation des sycophantes fut bien accueillie. Mais
Lysias cache cette mesure populaire. Il ne peut pas insister sur la moindre mesure
positive. Il en fait un argument pour stigmatiser leur duplicité <>
Xénophon dans les Helléniques :
"Ensuite, commençant par ceux qui, au su de tout le monde, vivaient
sous le régime démocratique du métier de sycophantes et qui
accablaient les bons citoyens, ils les faire saisir et mettre à mort ;
de fait, le Conseil était heureux de les condamner, et, pour les autres,
tous ceux qui avaient le sentiment de n'être pas dans le même cas
qu'eux n'en prenaient pas ombrage." (II, 3,12) En
reprochant les même choses aux Trente et à Eratosthène, il
tisse un lien supplémentaire. Eratosthène se réjouit
de la situation des métèques à Athènes (référence
au"plaisir" de faire du mal : il emploie "hêdomai").
Zèle empreint de plaisir . (cf. § 32-33) Les Trente sont des individus
cruels : boucles d'oreilles de la femme de Polémarque arrachées.
mais Lysias ne fait pas de pathos : il invoque le non-respect de la veuve et c'est
tout. Mais les Trente ne sont pas seulement cruels mais ce sont des impies
( § 96 et 98) , ce qui est une accusation très grave : entraîne
les citoyens hors de l'agora et des sanctuaires. : scènes de séparation
de familles, sans pathétique, mais rappel de la mort de Polémarque.
Les Trente ne craignent pas les lois divines et humaines. cf. rappel du
parjure de Pison ( § 5) ; déjà l'impiété apparaissait
dans ce geste. Tactique de globalisation : Lysias appelle impiété
("asebes", § 24) le fait même de venir en aide à Eratosthène.
l'impiété des Trente est décrite. Cela fait glisser Eratosthène
dans l'impiété, grief dont il n'était peut-être pas
coupable cf. § 98 : |  | 4)
La digression sur Théramène Digression sur Théramène
: longue et bizarre, apparemment déplacée. Thèramène
mort en s'opposant aux Trente fait figure de héros. - soit Lysias
doit détacher Eratosthène de Théramène - soit
montrer que Théramène est aussi coupable que les autres Donc,
cela efface Critias du discours : la comparaison de Critias et de Théramène
affaiblirait les fautes de Théramène. But = faire des Trente
un groupe, cf.§ 51, ce qui permet de condamner Eratosthène. §
43 (hors progamme) : associe Eratosthène et Critias, alors même que
Théramène a participé. Théramène. est
un mal absolu, mais il associe Eratosthène à la fois à la
tendance terroriste (Critias) et à la tendance modérée présentée
comme hypocrite (trahison et haine du peuple : pilier des 400, il s'est retourné
contre eux, § 66-67, instigateur de la tyrannie des Trente. montre les Trente
comme mus par la cupidité. Enfin la mort de Théramène
n'est attribuée qu'à ses menées personnelles (§ 78)
: accumulation de mots négatifs, alliance des contraires. La paradoxe
est que Théramène avait tellement de défauts que même
l'oligarchie l'a tué à bon droit ("dikaiôs"). Il
l'aurait été même sous la démocratie. Eratosthène
qui devait se servir de Théramène pour atténuer son cas (cf.
§ 62) voit Théramène devenir dans la bouche de Lysias un ennemi
du genre humain. | |  | IV.
La préservation de la démocratie
 | 1)
Combattre la haine de la cité Lysias est plein de haine,
et il ne s'en cache pas, mais il présente sa haine comme un combat contre
une haine première destinée à prémunir la cité
contre une résurgence de la haine. La démocratie est en danger.
(cf. § 2, 51, 70). Les Trente sont mus seulement par leur intérêt
personnel. C'est l'insatiable cupidité des Trente qui met en péril
la démocratie.(cf. § 93). |  | 2)
Une lutte à mener sans trêve Eratosthène
ne haïssait pas les métèques, mais la cité (cf. §
2). Quand il travaillait pour les Quatre Cents, il travaillait contre le peuple
(cf. § 42, 52). Il travaillait à l'affaiblissement de la cité
(repris dans la péroraison). La cité a couru un risque.
Et le Contre Eratotshène montre que ce risque existe toujours.
On comprend mieux le souvenir des Quatre Cents en 411. Veillons à ce que
les oligarques ne fassent pas une troisième révolution. La bataille
Athènes-Eleusis est encore en cours et durera jusqu'en 400. Lysais
insiste donc sur l'exemplarité de ce procès ( cf. § 35 et 88) §
85 et 88 : que le passé serve de leçon pour l'avenir . Le procès
contre Eratosthène est un exemple. Les termes de la mémoire
(anamnêsas, anamnêsthete) apparaissent dans la péroraison.
Il ne viole pas la loi d'amnistie. Mais il s'éloigne de l'espoir de
conciliation qui y avait présidé. Lysias s'insinue dans le petite
espace qui lui est laissé pour faire condamner Eratosthène. On
suppose qu'Eratosthène a été acquitté (esprit de conciliation
et de concorde) Mais on n'a pas de preuve de ce qu'il est devenu. Mais brio
de l'orateur qui exploite la moindre circonstance, passion de l'homme pour défendre
son frère et la démocratie en même temps. Il n'est pas
évident que Lysias se fassse la champion d'une démocratie radicale,
mais cohérence du discours.
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 | Bibliographie
:
Extraits des Orateurs attiques, Hachette
Paul Cloché, La restauration démocratique à Athènes en 403 av. J.-C.,
Ernest Leroux, Paris, 1915. ancien mais utile
Michel Nouhaud. "Le logographe et la politique. Sur deux discours de Lysias",
Kentron 5, 1989, pp. 161-167
Laurent Pernot, La rhétorique dans l'antiquité, 2000 (Références,
n° 553).
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Oeuvres
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